Votre ville - Découvrir Chartres

La Maison Picassiette

Pris pour un fou, Raymond Isidore a peut-être créé l'une des réalisations d'architecture spontanée parmi les plus importantes. Pendant plusieurs décennies, « le picassiette », va recouvrir sa maison, ses meubles et même des objets, de faïences, de débris de verre…

 

La Ville de Chartres fait l'acquisition de la Maison Picassiette en 1981, et enrichit ainsi son patrimoine d'une des réalisations d'architecture spontanée parmi les plus importantes. La procédure d'acquisition aboutit à son classement parmi les monuments historiques en novembre 1983.

L'homme qui la construisit, de son vrai nom Raymond Isidore, fut surnommé Picassiette par dérision : on imagine la somme gigantesque de débris d'assiettes, de faïences et verres divers qu'il dut recueillir pour mener à son terme son entreprise ! Quand en 1930 Raymond Isidore entreprend la construction de sa maison, il ne pense alors aucunement à la décorer de quelque manière que ce soit. En 1935, il est embauché comme cantonnier par la Ville de Chartres ; il sera affecté comme balayeur au cimetière Saint-Chéron à partir de 1949 et y restera jusqu'à sa retraite.

« Au début je n'envisageais qu'une décoration partielle »

 Il commence son œuvre en 1938, par l'intérieur de la maison et, d'une certaine manière, par hasard, comme il le dit lui-même :

  

« J'ai d'abord construit ma maison pour nous abriter. La maison achevée, je me promenais dans les champs quand je vis par hasard, des petits bouts de verre, débris de porcelaine, vaisselle cassée. Je les ramassais sans intention précise, pour leurs couleurs et leur scintillement. J'ai trié le bon, jeté le mauvais. Je les ai amoncelés dans un coin de mon jardin. Alors l'idée me vint d'en faire une mosaïque, pour décorer ma maison. Au début je n'envisageais qu'une décoration partielle, se limitant aux murs ».

Les sols, les plafonds et chaque objet sont décorés

Pendant près de vingt-cinq ans, Isidore décore non seulement les murs de sa maison mais aussi les sols, les plafonds et chaque objet ou pièce de mobilier qu'elle contient. Il s'attaque ensuite aux murs extérieurs, puis aux cours, construit une chapelle et un logement d'été, achète une parcelle de terrain limitrophe et décore son jardin. Il construit enfin le tombeau bleu – le Tombeau de l'Esprit. Son entreprise est achevée en 1962. Il meurt deux années plus tard, le 7 septembre 1964. Il était âgé de 64 ans.

Pris pour un fou, son travail fut reconnu de son vivant

D’abord dédaigné par ceux qui le connaissaient, parfois littéralement pris pour un fou, Raymond Isidore eut cependant de son vivant la satisfaction de voir reconnaître son travail. Il faisait visiter sa maison avec plaisir. Cela était naturellement dans l’ordre des choses pour cet homme qui disait : « J’ai suivi mon esprit comme on suit son chemin ».