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1836, incendie de la cathédrale de Chartres – Épisode 1/3

Incendie de 1836 : Chartrains faisant la chaîne avec des seaux d’eau, par François Pernot – Ville de ChartresMémoire

11 octobre 2019

Samedi 4 juin 1836. Le soleil éclaire pour la dernière fois la toiture de plomb de la cathédrale, soutenue par la « forêt », sa belle charpente de châtaignier. Une étincelle, un souffle, tout est effacé…


Souvenir de la nuit du 4 juin 1836

18 h 30.

Le tocsin sonne à coups redoublés : le feu est à la cathédrale. Il a pris dans l’angle nord-ouest du transept et couve depuis l’après-midi. Il est localisé un peu plus tôt, vers 15 h 30, par des ouvriers qui effectuent des soudures sur la toiture endommagée par une tempête. Le temps d’essayer, en vain, de l’arrêter, de descendre chercher des secours et de remonter, le feu a progressé.

On accourt place Châtelet. Sous la direction du préfet Gabriel Delessert, du capitaine des pompiers et du général commandant le département, on tente de circonscrire l’incendie depuis la galerie latérale.

D’abord des seaux, puis un dispositif de pompes de Chartres puis de communes voisines, amenées sous la conduite de leurs maires. Les pompiers cherchent à isoler les foyers en pratiquant des coupures dans la couverture et la charpente. Mais le feu, activé par la sécheresse du bois et le vent, s’étend et éclate d’un bout à l’autre de la toiture. Elle est perdue.

Un fort vent sud-ouest projette une pluie de débris enflammés sur le quartier des Changes et la ville basse. Les malades de l’Hôtel-Dieu sont transférés à la préfecture. On refroidit les toits avec des couvertures mouillées, on évacue meubles et marchandises, on inonde les maisons. Les habitants déposent devant leur porte cuves et tonneaux remplis d’eau. Deux pompes sont placées en ville basse.

Le feu attaque le clocher nord, volcan qui projette des fragments de bois embrasés. Les cloches tombent et fondent. Le plomb ruisselle des combles, mais le beffroi continue à sonner les heures. Des pièces de bois et de fer tombant dans le chœur, on l’inonde. Pour éviter l’écroulement de l’édifice, sauver les vitraux et les maisons voisines, on protège les bas-côtés.

Incendie de 1836 : les flammes de la cathédrale menacent la ville, par Charles Fournier des Ormes – Ville de Chartres

Les flammes de la cathédrale menacent la ville, par Charles Fournier des Ormes.

22 h - minuit.

Le feu gagne la charpente du clocher sud et son escalier de bois.

2 h.

Cette charpente explose et s’écroule, le feu jaillit de toutes ses ouvertures. Point du jour. Les maires de communes des environs arrivent avec des détachements de travailleurs équipés de nouvelles pompes, pour arroser le clocher sud. Alimentées par des chaînes humaines (simples citoyens, pompiers, garde nationale, troupe de ligne, gendarmerie, autorités civiles et militaires, magistrats, normaliens, séminaristes…), elles sont en action jusqu’en milieu de matinée.

10 h du matin.

Aux flammes succède la fumée des décombres. Le quartier reste sous surveillance.

Le préfet Delessert à la manœuvre

Selon le préfet, l’état des lieux est rassurant.

  • Sont détruits : la charpente, le plomb des couvertures et des cloches (fondu), l’intérieur du clocher nord et certains de ses ornements, la charpente du clocher sud.
  • Sont réparables : les bas-côtés.
  • Sont conservés : le beffroi, l’intérieur de l’église. En ville, les départs de feu ont été maîtrisés

Dès le dimanche, il va solliciter le soutien du ministre des Cultes à Paris. En chemin, il croise le maire Chasles qui, absent lors de l’incendie, rentre à Chartres. Il le ramène à Paris. Le mardi, le ministre Sauzet vient à Chartres, accompagné de son chef de division et de trois architectes du Conseil des bâtiments, pour examiner la « rescapée du feu ». Il repart en préconisant de réparer et de prévenir. En octobre, Delessert est promu préfet de police de Paris.

Interrogations

Il est établi que les plombiers ayant posé leur cagnard (réchaud utilisé en plomberie) près d’une porte ouverte, un violent courant d’air a emporté des étincelles vers la charpente. Le journal républicain Le Glaneur s’interroge. Pourquoi laisser des ouvriers seuls sur un chantier sensible ? Pourquoi le projet de l’architecte Damars, qui voulait placer des réservoirs d’eau aux porches nord et ouest à titre préventif, a-t-il été rejeté ?

Émotion, hommages, construction d’une mémoire

On s’émeut de pouvoir conserver un chef-d’œuvre de l’art et un sublime lieu de culte.

Le maire de Chartres Adelphe Chasles : « la magnifique cathédrale de Chartres, l’un des plus beaux monuments gothiques de l’Europe, ne sera point détruite. »

Le ministre des Cultes Sauzet : « l’incendie de la cathédrale de Chartres vient de frapper l’État dans un de ses plus précieux édifices. »

Le Glaneur de Sellèque : « quelques heures ont suffi pour que le plus beau monument du Moyen Âge, témoignage de la foi si vive de nos aïeux, admiré depuis huit siècles, connu comme un des plus merveilleux chefs-d’œuvre de leur génie, soit en grande partie réduit en poussière. »

Des Chartrains envoient des poèmes lyriques aux journaux. Le préfet rend les honneurs aux héros du 4 juin, tandis que la municipalité leur remet une médaille, et lui rend hommage.

Un ex-voto

Fidèles au mythe fondateur de la ville, certains voient dans la conservation du monument la protection spéciale accordée à la cité chartraine par la Vierge.

Aussi un ex-voto sculpté la montre-t-elle devant la cathédrale en flammes, tenant le démon de l’incendie enchaîné et autorisant l’ange gardien de Chartres à éteindre le feu.

Le regard de Victor Hugo

Auteur de « Notre-Dame de Paris » (1831) et membre du Comité des Monuments (1835) avec Mérimée, Victor Hugo s’arrête à Chartres le 18 juin 1836 :

« […] Quant au dégât causé par l’incendie, quoi qu’on en ait dit dans les journaux, il est immense. J’en parle après avoir vu. […] Je dis que le dégât est immense dans toute la partie supérieure de l’église et, qui plus est, irréparable. Pour la forêt, cela va sans dire. Où sont les châtaigniers ? Où sont les charpentiers ? La matière première et l’ouvrier manquent. On fera un comble en fer, triste expédient, qui, heureusement au moins, ne se verra pas du dehors […]. Maintenant à qui confiera-t-on cette difficile restauration ? M. Duban serait un très bon choix. […]

« Du reste, la cathédrale sans toit est d’un effet étrange et qui a sa beauté. Les murs sont si chargés de colonnettes et de piliers en gerbes et de nervures que, de cette même porte Guillaume d’où on la voit dans toute sa magnificence, elle apparaît au-dessus de la ville comme un immense orgue de pierre. Vue du haut du grand clocher, la croupe incendiée et mise à nu est superbe. On dirait le dos d’un monstre énorme. »

Incendie de 1836 : la nef de la cathédrale sans sa toiture, par Durand – Ville de Chartres

La nef sans sa toiture, par Durand.

Incendie de 1836 : la cathédrale sans sa toiture, par Latteux – Ville de Chartres

La cathédrale sans sa toiture, par Latteux.


À suivre...

Épisode 2 : découvrez la suite de l'histoire de l'incendie de la cathédrale de Chartres avec : « “Réparer et prévenir”, a dit le ministre ? »

> Épisode 3 : en décembre, découvrez la suite et fin de l'histoire de l'incendie de la cathédrale de Chartres avec : « Après l’argent du sauvetage, les hommes qui l’ont permis : architectes et entrepreneurs, ouvriers chartrains et euréliens, artistes. »


► Auteure : Juliette Clément, directrice de publication de la Société archéologique d’Eure-et-Loir (SAEL 28).

► Sources et clichés : fonds SAEL, BMC, AD 28, AM Chartres, presse.

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16, cloître Notre-Dame
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