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Jean-Pierre Gorges : Patrimoine, préserver sans figer

Portrait de Jean-Pierre Gorges et exemples de patrimoine à ChartresCulture

02 septembre 2021

Les Journées du Patrimoine se dérouleront comme de coutume le troisième week-end de septembre. L'occasion pour Jean-Pierre Gorges de nous livrer ses réflexions sur une action qui le passionne.


Votre Ville : Comment regardez-vous l'état du patrimoine chartrain, vingt ans après votre première élection ?

Jean-Pierre Gorges : Un patrimoine dégradé en 2001 faute d'entretien, et je le dis sans chercher la polémique.

Les piliers du marché couvert, place Billard, étaient pour certains fendus. J'en parle parce que ce fut notre premier chantier, avec la restauration du cloître des Cordeliers, complètement délaissé lui aussi, squatté, qui abrite aujourd'hui le conservatoire de musique et de danse… Ensuite, ce fut le tour du cinéma, de la médiathèque, du théâtre, de la collégiale Saint-André, etc.

Place de Billard éclairée
La place Billard. Crédit photo : G. Osorio.

Avec une stratégie qui sous-tendait tous ces investissements très coûteux : le patrimoine est une richesse qui ne se délocalisera pas. À nous de le restaurer, mais aussi de l'animer à l'intérieur et de le mettre en scène à l'extérieur.

Ainsi l'Hôtel des Postes est devenu la médiathèque, ainsi naquit Chartres en lumières, etc. Et pour faire aboutir nos projets, nous avons créé notre propre service d'archéologie, pour garder au moins la maîtrise du temps des fouilles et de leur rythme. Mais là, j'ai participé à changer la Loi…

Ces chantiers successifs ont marqué la vie des Chartrains… Et ils continuent : la gare a retrouvé son décor art déco, la porte Guillaume est aujourd'hui une place-jardin, nous avons acquis les bâtiments du musée et sommes en train de le repenser, le projet de centre culturel sous l'esplanade de la cathédrale avance, etc. Nous ne cessons d'investir dans le patrimoine.

Mais là n'est pas l'essentiel. Les Chartrains, les touristes, et c'est bien normal, regardent notre patrimoine édifice par édifice, même si Chartres en lumières, par exemple, donne une unité géographique et esthétique à l'ensemble. Mais c'est toute la ville qui constitue notre patrimoine.

Je suis maire, pas ministre de la Culture. Quand nous élargissons le secteur piétonnier, quand nous limitons encore la circulation automobile dans le centre-ville historique, c'est possible parce que nous avons construit un grand parking en béton au préalable. C'est pour protéger la cathédrale restaurée à coups de millions des noirceurs de la pollution automobile, mais c'est aussi et peut-être d'abord, pour améliorer le cadre de vie des Chartrains et y organiser aujourd'hui des spectacles un peu partout (sauf période covid), et y installer des terrasses conviviales.

Les belles rues pavées aux caniveaux invisibles, les petites places (Romilly, Casalis, Evora, Saint-Michel…) augmentent encore le plaisir de vivre à Chartres et son attractivité pour les touristes. Et aussi la propreté. Pas de rats partout comme à Paris.

Entretenir le patrimoine, le faire vivre, c'est une affaire de tous les jours. C'est aussi pourquoi nous avons entrepris de faire revenir des habitants au centre-ville. Chartres ne doit pas devenir une ville-musée.

VV : Cette vision globale que vous proposez trouve-t-elle des limites ?

JPG : Les polémiques, ce n'est pas grave. C'est même utile quand cela permet d'expliquer pour mieux convaincre.

Qui se rappelle qu'un élu nous expliquait en Conseil municipal qu'il était impossible de faire supporter aux murs de l'Hôtel des Postes le poids des aménagements d'une médiathèque ? Qui se souvient des cris de ceux qui refusaient de voir que les arbres de la place du Cygne étaient disparates, parfois malades et qu'ils défonçaient les caves et les réseaux en dessous d'eux ? Depuis, les nouveaux arbres ont poussé, comme sur le boulevard Chasles. Une ville ne cesse d'évoluer, elle se transforme en permanence, que le maire et les élus le veuillent ou non.

Préserver le patrimoine, ce n'est pas figer la ville. Au contraire ! Regardez l'Opération façades. Nous voulions aider les propriétaires des maisons et des immeubles à restaurer leurs façades dans les endroits les plus en vue de Chartres, attractivité oblige. Mais ces trompeuses façades servaient souvent de cache-misère plus graves. Les siècles ont fragilisé les structures des bâtiments, souvent à armature de bois. Certains enduits trop étanches n'ont rien arrangé, sous prétexte de mieux isoler les intérieurs. C'était l'air du temps… et la mode des réglementations d'alors…

Il n'y a pratiquement plus à Chartres de maisons du XIIe siècle. La vie est passée par là, ce qui était moins beau et moins solide a disparu. Et les constructions nouvelles, hier comme aujourd'hui, ont participé à consolider l'ensemble, au-dessus de ce gruyère fantastique qu'est le sous-sol du centre-ville historique. Un parking en béton permet aussi de stabiliser ce qui le surmonte. Regardez les temples et les châteaux forts japonais. Comme ils sont en bois il faut les reconstruire régulièrement. La préservation du patrimoine ne peut pas, ne doit pas tourner au fétichisme. Idéologique ou réglementaire.

La prise de conscience de la valeur du patrimoine historique est une préoccupation récente. Elle naît en particulier à Chartres au moment de la reconstruction de la cathédrale incendiée en 1836. Qui songerait aujourd'hui à contester sa charpente et son toit métalliques ? Au contraire, des privilégiés font la queue pour les admirer.

L'exemple le plus récent, le plus significatif aussi, c'est la transformation-restauration de la basse-ville sous l'impulsion de la Loi Malraux et du grand architecte Guy Nicot. Lui avait compris que préserver les taudis n'était pas une solution. Les bâtiments dignes d'intérêt ont bien entendu été restaurés. Et c'est aujourd'hui l'un des plus beaux quartiers de Chartres.

C'est cette vision d'ensemble qui guide ma volonté d'élargir le Secteur sauvegardé jusqu'à ses limites historiques, à l'intérieur du cercle des boulevards. À condition que ce ne soit pas le prétexte d'une sur-réglementation paralysante.

La cathédrale vue de Berchères-Saint-Germain
La cathédrale vue de Berchères-Saint-Germain. Crédit photo : Alexandra Rousseau.

Secteur sauvegardé ne veut pas dire secteur figé. Notre époque doit y avoir sa place. Car qui peut me dire quelle devrait être l'époque de référence ? J'ai constaté, dans les réunions auxquelles j'ai participé, que l'époque de référence était généralement l'époque qu'avait étudiée le spécialiste qui s'exprimait…

VV : Quels sont les principes qui doivent prévaloir ?

JPG : Le bon exemple, c'est la Directive paysagère, qui protège notamment les cônes de vue sur la cathédrale. Sans paralyser le développement de l'agglomération chartraine. Et surtout, son plus grand mérite est de définir les principes, ceux qui s'appliquent à la situation actuelle, mais aussi ceux qui s'appliqueraient si jamais d'autres cônes de vue apparaissaient, à l'occasion de la destruction de tel ou tel bâtiment existant. Une vision à 360 degrés.

Le paysage, bâti ou naturel, est un patrimoine commun. Cette directive, presqu'unique en France, élaborée en commun avec les représentants de l'État, aurait empêché l'édification de certaines monstruosités, privées mais aussi d'État, si elle avait existé il y a cinquante ans. Comme l'ancienne pharmacie des armées sur la BA 118, en plein axe de vue sur Notre-Dame.

Sauvegarder sans figer. Protéger sans fossiliser. Une ville doit continuer à évoluer. À vivre.

Place de l'Étape-au-vin réaménagée
La place de l’Étape-au-Vin et ses nouveaux pavés.


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