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La nature dans la ville – Interview de Jean-Pierre Gorges

Portrait de Jean-Pierre Gorges et photo de la prairie de ChartresEspaces verts

01 juin 2021

En ce printemps fleuri, le maire, Jean-Pierre Gorges rappelle à quel point la Chartres est un havre de biodiversité et vous fait partager sa philosophie de la nature dans la ville.


Votre Ville : Comment regardez-vous les espaces verts de la Ville ?

Jean-Pierre Gorges : Ils sont immenses. Chartres s’étend sur 1 685 hectares, les espaces verts communaux sur 385, soit près du quart. Ils sont aussi très divers. Cela va du square de quartier à la prairie de Chartres, le long de l’Eure, zone humide de 8 hectares, un trésor de biodiversité végétale mais aussi animale en pleine aire urbaine. On y trouve même des chevreuils. Songez qu’à Chartres nous veillons sur 150 essences d’arbres différentes. Nous croisons aussi des renards, des fouines, des martres, des genettes et même des sangliers.

C’est dire si les espaces verts de la ville ne se résument pas, loin de là, à nos 33 parcs et jardins. Nous en avons d’ailleurs créé plusieurs depuis vingt ans, le dernier en date étant le parc Jacques-Grand à la Madeleine. Plus largement le Plan vert de Chartres Métropole s’allonge sur 17 km d’amont en aval de Chartres, une traversée continue presque unique en son genre. Son aménagement se poursuit : une nouvelle passerelle sur l’Eure est en cours d’installation.

La qualité ne le cède en rien à la quantité, comme notre 4e Fleur régulièrement renouvelée en témoigne. Chartres mériterait d’être surnommée ville-nature. L’arbre dans la ville a besoin d’être discipliné

VV : Pourtant, la place de la nature dans la ville fait débat…

JPG : J’entends ce débat à Paris et dans les grandes métropoles, et je peux le comprendre. Mais il y a ici la volonté de certains de créer une polémique qui n’a pas lieu d’être chez nous. Ces urbains souvent venus de ces mêmes métropoles caressent le rêve d’installer la campagne dans la ville. Or ici, la campagne c’est tout près. Il y a encore aujourd’hui à Chartres des espaces agricoles. La ville et la campagne restent complémentaires.

Cette évidence a semble-t-il du mal à pénétrer certains cerveaux qui nous affirment que 3 ou 4 arbres de plus à tel endroit lutteraient contre le changement climatique. Cela n’a pas de sens, surtout si l’on prétend comme eux raisonner au niveau planétaire. C’est particulièrement faux en France, où la forêt n’a jamais été plus étendue depuis le XIIIe siècle.

Je le répète : l’arbre en ville est un arbre de décoration, d’alignement le long des boulevards, d’agrément dans les jardins et les parcs. Il est beau à regarder, il offre de l’ombre en période chaude. Mais c’est un décor artificiel au sens où c’est l’homme et non pas la nature qui décide où il doit pousser et dans quelles conditions.

Nous avons parfois dû prendre la décision d’abattre des arbres. Boulevard Chasles ou place du Cygne, certains étaient malades ou les racines d’autres détruisaient les caves en sous-sol ou les divers réseaux qui sont nécessaires à la vie des habitants. Nous les avons remplacés, et au-delà, dans des caissons qui contiennent leurs racines, et leurs feuillages n’empêchent plus la lumière de pénétrer dans les logements.

Au total Chartres comptait un patrimoine de 8 500 arbres en 2005, ils sont près de 11 000 aujourd’hui. Alors la polémique a ici des racines bien fragiles, hormis chez quelques idéologues. L’arbre dans la ville a besoin d’être discipliné. Les seules villes où l’arbre règne sans partage, ce sont les villes mortes, Angkhor ou Delphes par exemple. Et les arbres finissent de les détruire.

VV : Comment regardez-vous l’évolution du travail du service des espaces verts ?

JPG : Pas de grandes civilisations sans un art particulier des jardins. Les philosophes et les historiens y voient le souvenir magnifié du Jardin d’Eden, les Perses notamment où le mot « jardin » vient du mot « paradis ». Ils offrent un hommage ordonné à la grandeur de la nature et à la complexité du vivant. Même les jardins à la française, réputés rectilignes, sont pleins de surprises, comme dans les perspectives de Vaux-Le-Vicomte.

Ici, nous disposons d’un service des espaces verts très performant, tous les arbres sont surveillés, rien ne se plante ni ne se déplante par hasard. Ses pratiques sont en perpétuelle évolution, même dans les espaces réputés les plus « naturels ». Car la biodiversité s’entretient. Si vous laissez faire la nature, certaines essences prennent le pas sur d’autres et les éliminent. Nos jardiniers développent des méthodes très sophistiquées pour veiller au grain.

D’ailleurs, les Chartrains abordent nos jardiniers pour les interroger sur les nouveautés qu’ils apportent à leur métier et à notre décor. Regardez comment s’est développée la mode utile des graminées. Ils avaient réfléchi aux conséquences prévisibles des sécheresses plus fréquentes, ou, avant la Loi, de l’interdiction des produits phytosanitaires. Comment les plantes réagissent- elles entre elles, quelles stratégies développent-elles ? C’est un univers très complexe et passionnant.

VV : Le fleurissement de la Ville va évoluer. Pourquoi et comment ?

JPG : Le grand paysagiste français Louis Benech pense que, pour concevoir un jardin, il faut d’abord essayer d’imaginer comment il va être utilisé par ceux qui s’y déplacent. Les humains bien sûr mais aussi les animaux en tous genres, jusqu’aux oiseaux et aux insectes évidemment, ces grands pollinisateurs de la nature vivante.

Or je trouve depuis longtemps que nos parcs et jardins ne sont pas faits pour eux. Je pense en particulier à ces pelouses, ces carrés verts interdits au public et à la biodiversité quasi inexistante. Vous avez déjà vu une abeille sur un carré de gazon, qui exigera de plus entretien et abondance d’eau ? C’est pourquoi nous sommes en train d’implanter des prairies, fleuries toute la belle saison, où les hommes, les animaux et les insectes trouveront leur bonheur, dont les couleurs feront le nôtre, saison après saison.

À la Mare aux Moines, le parc Baruzier faisait figure de précurseur en la matière, mais c’était dû aux contraintes nées d’une pollution ancienne dans son sous-sol. Là, il s’agit d’une démarche délibérée : favoriser la biodiversité dans un parc ou un jardin, ce n’est pas seulement accumuler le plus grand nombre d’essences possibles. C’est comprendre que cette diversité des plantes stimule la diversité animale. Ainsi va la vie…

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