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Le cloître Notre-Dame : « une ville dedans une autre ville »

Actualités de la Ville de ChartresAménagements du cloître

08 avril 2019

Aujourd’hui, le cloître Notre-Dame a des airs de village. Au milieu, l’église ; sur le pourtour, boutiques, restaurants, cafés, jardin public. Les Chartrains traversent cette liaison gare-ville, le matin à grandes enjambées, le soir à pas lents. Cet espace urbain acquit, du XIIIe au XVIIIe siècle, la singularité d’une « ville dedans une autre ville », identité encore sensible aujourd’hui.


Claude Duparc, huissier du chapitre, raconte

Dans son Histoire chartraine, rédigée au tournant du XVIe et du XVIIe siècle, Claude Duparc, sous-huissier du chapitre, rappelle comment les chanoines régirent l'enclos canonial de l’Église Sainte-Marie, ancêtre du cloître de la cathédrale :

« Aux temps anciens, le cloître était de petite étendue, n’y ayant en icelluy que quatre maisons qui s’appelaient les Quatre Prévôtés, dans lesquelles demeuraient tous les chanoines. Après leur séparation, ils achetèrent des maisons et même des rues, de sorte qu’en clôturant c’était mettre une ville dans une autre (…). Se servant des maisons comme de murailles en enceinte du cloître, et les endroits où il n’y avait ni maisons ni murailles à eux appartenant, y firent bâtir grosses et fortes murailles (…). Ils firent construire plusieurs rues de fort grande étendue, si bien que la clôture et fermeture étant faite, c’était une ville dedans une autre ville. À l’intérieur, 3 grandes places en forme de carrefour ; plus 4 grandes rues, 6 ruelles, 33 grandes maisons nommées perrons (…), en tout y aurait place à bâtir 300 maisons semblables à celles de la ville. »


Clôture et fermeture du cloître, placé sous la juridiction du chapitre

Comme tout cloître canonial, celui du chapitre chartrain fut d’abord un espace ouvert, jouxtant la nef sud de l’église cathédrale.

Après le meurtre du sousdoyen du chapitre dans le cloître, en 1018, l’évêque Fulbert exigea la sécurité de ses chanoines. Du XIIe au XVe siècle, le chapitre reconstruisit donc ses maisons en pierre, racheta celles en bordure du cloître, bâtit les espaces vides et relia le tout par des murs. Il éleva aussi des logis sur la vaste place occidentale, et en acquit 26 autres en ville.

En 1256, les chanoines fermèrent les accès au cloître la nuit, par des portes à créneaux. Le vidame, ne pouvant regagner son hôtel à l’intérieur de l’enclos canonial, demanda à utiliser le chemin montant du bourg. Soutenu par le roi, le chapitre refusa de partager son droit de pratiquer une ouverture dans l’enceinte. Le chapitre obtint que « la justice du cloître de l’Église de Chartres et des maisons et des
habitants dudit cloître appartienne du tout à l’Église et soit franc et hors de toute la justice du comte. »

En 1305, le cloître perdit son statut d’asile inviolable. Un homme du comte s’y étant réfugié fut remis au pouvoir civil par le maire du chapitre, et en 1306 on institua l’extradition réciproque des criminels.


Le cloître : une ville équipée et animée

Le cloître se hérissait d’églises : Sainte-Marie, Saint-Étienne-du-Cloître ; chapelles Saint-Serge-et-Saint-Bache, Saint-Nicolas-du-Cloître, Saint-Côme, Sainte-Même, Saint-Jérôme.

Installé à l’est de sa cathédrale avec ses services qui s’étendaient jusqu’à la porte de l’Officialité, l’évêque vivait depuis 1095 dans un hôtel de pierre. On y accédait par le cloître mais en 1414 on ouvrit une entrée indépendante rue Muret (auj. Cardinal-Pie).

Les processions aboutissaient au cloître, où les pèlerins trouvaient objets de piété et mercerie. Au sud, longé par la rue de l’Hospice (auj. Fulbert), de la rue des Changes à la rue Percheronne, et par sa rue éponyme (auj. rue Fulbert), l’Hôtel-Dieu succédait à l’Aumône Notre-Dame (1070). Reconstruit après 1194, son étendue d’origine est visible grâce aux bordures de trottoirs subsistant depuis sa démolition en 1868.

Le Cloître accueillait une activité économique : halle aux Merciers, vente de bois et charbon, gibier et volaille, beurre, fruits et légumes. Des plaintes survenaient en ville à propos des étaux ouvrant à l’intérieur et à l’extérieur du cloître : « Les droits du roi sont défraudés par le moyen de leurs privilèges, car ces commerçants, sous le prétexte qu’ils demeurent dans les maisons du chapitre et disposent d’une ouverture dans le cloître, échappent à la juridiction du roi. »

Les maisons canoniales ayant aussi double entrée, on dénonçait les incursions nocturnes de jeunes chanoines. Toutes sortes de gens fréquentaient le cloître : nobles visiteurs, désœuvrés surveillés par un garde spécial, personnages au verbe haut : « Ohé chambrier, ribaud, détestable normand, sors, nous te cherchons toi et tes ribauds, nous allons briser ton huis ».

Ses dernières portes abattues progressivement depuis la Révolution, son parvis ouest élargi par le réalignement de la rue l’Hôtel-Dieu (auj. de Bethléem), son parvis sud agrandi après la démolition de la chapelle Saint-Côme au XIXe siècle, ses derniers bâtiments détruits en 1911, le cloître où l’on flâne aujourd’hui avec plaisir n’est plus celui du tumultueux Moyen Âge…

Le cloître Notre-Dame : plan « d'une ville dedans une autre ville » – Ville de Chartres

 


Article par Juliette Clément, directrice des publications de la Société archéologique d'Eure-et-Loir (SAEL).

Sources : Fonds SAEL.

Plan d'accès

Cloître Notre-Dame

28000 Chartres

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