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Quels trésors sous l’esplanade de la cathédrale ?

Quels trésors sous l’esplanade de la cathédrale ? : reliques – Ville de ChartresAménagements du cloître

07 mai 2019

Point d’arche d’alliance, point de souterrain conduisant à une crypte druidique, point de statue en or d’Isis… ce qui se trouve sous l’esplanade de la cathédrale est à la fois bien plus banal et bien plus important : des vestiges permettant de restituer plus de vingt siècles d’histoire urbaine.


À Chartres, comme dans toutes les villes anciennes, l’activité des habitants s’est peu à peu inscrite dans le sous-sol. Au fil des constructions, utilisations, rénovations, etc., les vestiges se sont superposés, recoupés, entremêlés jusqu’à constituer — sous l’esplanade de la cathédrale — plus de neuf mètres d’épaisseur de vestiges archéologiques.

Une partie de ces « archives du sol » fut fouillée, en 1990-1992, sur environ 1 000 m2. Le rapport final de cette opération n’a pas été achevé. L’étude et la publication qui auraient dû suivre non plus car les moyens attribués à l’époque n’ont pas été maintenus pour conduire à leur terme ces étapes scientifiques cruciales pour comprendre l’histoire du site et de la ville. En revanche, les vestiges dégagés ont été soigneusement protégés et enfouis… en attendant des jours meilleurs.

Quels trésors sous l’esplanade de la cathédrale ? : vue générale depuis la cathédrale – Ville de Chartres

Vue générale depuis la cathédrale : au premier plan, deuxième étape dans la fouille
des constructions médiévales ; à l’arrière-plan, le cryptoportique et les pièces qui le longent à l’est. Crédit photo : Randoin Bernard.


Des jours meilleurs : pourquoi faut-il préserver ce qui est enfoui ?

Au début du premier siècle après J.-C., le site est aménagé en larges terrasses, l’une d’elles dotée d’un puits à eau, viabilisation du terrain qui préfigure le développement de la ville antique. Sous Tibère une habitation privée s’installe au centre du terrain et une autre construction à l’est. Ce second ensemble, aux larges et longs murs, est un édifice de grande taille. Dans les décombres de sa démolition deux fragments sculptés accréditent cette hypothèse : une aile en marbre blanc (Victoire ?) et un acrotère représentant Mercure (indices d’un temple ?).

Quels trésors sous l’esplanade de la cathédrale ? : reliques – Ville de Chartres

  1. La seule monnaie en or du site : un trémissis dont le prototype fut frappé entre 430 et 455, à Toulouse, sous le règne de l’empereur wisigoth Valentinien III.
  2. Aile sculptée (marbre blanc) provenant sans doute d’une statue de Victoire.
  3. Pichet à pâte rouge, sans doute produit dans la région de Dourdan entre 1180 et 1300.
  4. Fragment d’acrotère (ornement des extrémités ou du sommet d’un fronton ou d’une colonne) en calcaire oolithique. Mercure coiffé du bonnet de feutre (pétase) surmonté d’un quadrupède se détachant sur une palmette stylisée. Les ailes qui couronnent le chapeau retombent de part et d’autre du visage.
  5. Clé en alliage cuivreux. L’anneau présente un décor de palmette ajourée. Une clé en bronze identique est conservée au musée Le Secq des Tournelles à Rouen, elle est datée du IXe ou du Xe siècle.

À la fin du règne de Claude, au milieu du Ier siècle, le site est totalement remanié. Est construit un édifice monumental constitué d’une galerie souterraine (cryptoportique) destinée à soutenir une colonnade de 6 mètres de haut, organisée autour d’une pièce centrale, et entouré, sur au moins trois côtés, de salles ouvrant vers l’extérieur du bâtiment. L’ensemble, achevé vers la fin du règne de Néron (68), a fait l’objet de travaux d’entretien et d’aménagements jusque sous le règne de Trajan (117). La destination de cet édifice n’a pas été identifiée : les hypothèses de curie (siège du pouvoir municipal) ou de macellum (marché couvert) ont été écartées car elles ne correspondent pas avec le plan du bâtiment dont la façade principale se trouve à l’ouest de la partie fouillée. L’hypothèse d’une schola (siège d’une corporation) pourrait être vérifiée si une vaste et luxueuse domus, en lien avec la pièce de réunion sur cryptoportique était découverte au nord.

L’édifice est partiellement détruit par un incendie vers 120 ou 150. Durant les IIe et IIIe siècles, le quartier est voué à une fonction résidentielle et commerçante. Toutes les constructions sont abandonnées en même temps vers le milieu du Ve siècle.

Quels trésors sous l’esplanade de la cathédrale ? : essais de restitution – Ville de Chartres

  1. Essais de restitution de l’édifice monumental gallo-romain sur cryptoportique (H. Herment). Hypothèse s’appuyant sur une symétrie des ailes sud et nord.
  2. Hypothèse s’appuyant sur une extension jusqu’à la rue de l’Étroit Degré avec extension minimale de la pièce centrale
  3. Hypothèse s’appuyant sur une extension jusqu’à la rue de l’Étroit Degré avec extension maximale de la pièce centrale.

Entre le Ve et le Xe siècle, aucune construction ne remplace les habitats abandonnés, bien qu’il soit fréquenté par les habitants de constructions voisines. Le lieu offre sans doute l’image d’un terrain vague d’où émergent les ruines des constructions gallo- romaines. Sont creusées, durant une période de 300 ans, plus d’une soixantaine de fosses (de récupération de matériaux ou de rejets de déchets domestiques).

Au cours des IXe et Xe siècles, cette activité s’intensifie, peut-être parce que le terrain se trouve à proximité des bâtiments occupés par le chapitre cathédral. À la fin du Xe ou au début du XIe siècle, s’installent les premières maisons canoniales. Après 1134, date d’un des incendies de la cathédrale, ces maisons sont détruites pour faire place à un chantier de reconstruction de la façade (atelier temporaire, four à chaux). Si un autre incendie a bien eu lieu en 1194, le terrain est toujours à cette date un chantier de construction, destiné plutôt au stockage et à la récupération de matériaux des maçonneries antiques.

Après l’achèvement des travaux de reconstruction de la cathédrale gothique, le chapitre décide de réinvestir les zones précédemment occupées par les aménagements de chantiers et de bâtir de nouvelles maisons pour y loger ses chanoines. Une vaste campagne de travaux fait appel aux mêmes techniques de fondations (arcs de décharge reposant sur des piliers). Cette reconstruction de l’îlot du portail royal met en place le tissu urbain du quartier qui a perduré jusqu’au milieu du XIXe siècle. Face à la cathédrale, l’actuelle rue de Bethléem était bordée par plusieurs petites parcelles comportant une maison dotée d’une arrière-cour.

Derrière ces maisons se développaient plusieurs ensembles pouvant comporter plusieurs corps de logis disposés autour d’une cour. Ces maisons ont toutes été remaniées.

Au milieu du XIXe siècle, la maison qui formait l’angle de la rue Percheronne et de la rue de Bethléem a été occupée par le « Cercle chartrain », association d’agrément où l’on fumait et on jouait au billard et aux dominos. Dès le milieu du XIXe siècle, on décide de dégager la cathédrale en démolissant les maisons devant sa façade. Les travaux se dérouleront de 1866 à 1905 et les maisons canoniales qui subsistent ne doivent leur salut qu’à la découverte des sculptures qui ornent les baies de l’étage de l’une d’elles.


L’archéologie n’est pas un problème, c’est une richesse

Le projet d’aménagement de l’esplanade de la cathédrale permettra l’accès à la connaissance de plus de deux mille ans d’histoire de la ville. Sur plus de 4 000 m2 et environ 10 mètres d’épaisseur dorment encore des centaines de milliers de témoins du passé de Chartres. Et ces vestiges, irremplaçables et uniques, recevront les attentions qu’ils méritent, en application des méthodes rigoureuses de l’enregistrement des données en milieu urbain : relevé des relations chronologiques (ordre de dépôt), dessin en plan et en coupe, photographie, collecte dans chaque couche des éléments d’architecture et des objets mobiliers (documentation générale de terrain), inventaire, archivage et conservation (régie des collections), traitement des données (informatisation dans la base documentaire de Chartres), rédaction des rapports de fouille et publications, transmission au public (visites commentées, conférences, expositions, brochures, internet).

Ce qui ne serait pas possible dans le cadre d’une fouille préventive aux délais contraints et au budget limité sera réalisé au fil du temps, et dans le cadre d’une fouille programmée, comme sur le site du grand sanctuaire antique dit « de Saint-Martin-au-Val »). De tels projets de recherche sont rares en Europe, mais ils sont indispensables pour permettre aux scientifiques de recueillir méthodiquement et dans d’excellentes conditions, la documentation sur des époques passées dont seul le sous-sol détient les clés.

À Chartres, depuis 44 ans qu’a débuté l’archéologie moderne, seul un autre site a fait l’objet d’une opération totale, quoique contrainte dans le temps, entre avril 2005 et juin 2006 : boulevard Chasles, à l’emplacement du cinéma Les enfants du Paradis. Le rapport (en voie d’achèvement) de cette très grande fouille urbaine à la superficie comparable à celle de la totalité de l’esplanade (4 700 m2), mais sur une épaisseur bien moindre (stratification d’environ 2,50 m d’épaisseur), l’une des plus complètes menée en France, montre que la quantité d’informations recueillies et la qualité de leur enregistrement vont conférer à cette fouille une référence pour la connaissance de l’histoire de la ville durant l’Antiquité. Ce qui est en jeu sur l’esplanade de la cathédrale est de constituer une référence pour toutes les périodes qui concernent le fait urbain, de la première occupation urbaine jusqu’à nos jours.

C’est un enjeu pour la connaissance de l’histoire de notre ville et du monde Gallo-Romain à grande échelle… Scientifiques et instances du patrimoine se sont accordés pour que la valorisation de ces vestiges constituent l’un des impératifs du plan de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine chartrain (PSNV).


Pour en savoir plus

Randoin, Massat, Sellès, Devant le portail royal. Fouille archéologique du parvis de la cathédrale de Chartres, 1995, 60 p.

Plan d'accès

Esplanade de la cathédrale

Cloître Notre-Dame
28000 Chartres

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