La maison Picassiette de Raymond Isidore – Ville de Chartres

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La maison Picassiette de Raymond Isidore

Raymond Isidore est à l'origine de l'une des réalisations d'architecture spontanée parmi les plus marquantes et enchanteresses.

Pendant plusieurs décennies, le « Picassiette », surnommé ainsi par dérision, va progressivement recouvrir entièrement sa maison, ses meubles et même ses objets de faïences, de débris de verre et de vaisselle. Il peint et recouvre de mosaïques multicolores tous les espaces, des sols au plafond, ainsi que son jardin.

Homme simple et de condition très modeste, sans instruction, solitaire, Raymond Isidore est un personnage hors du commun, à la fois, architecte, bâtisseur, peintre et mosaïste.


Un parcours modeste

Il est né à Chartres le 8 septembre 1900 au sein d'une famille plus que modeste, septième d'une fratrie de huit enfants. Il connaît peu son père parti travailler loin de son foyer et sa mère ne lui apporte pas la tendresse dont tout enfant a besoin. Il reçoit une formation scolaire rudimentaire et exerce plusieurs métiers (mouleur de fonderie, employé aux chemins de fer, accessoiriste au théâtre municipal…).

Il change souvent d’emploi, instable et révolté par toute injustice. En 1935, il est embauché comme cantonnier par la Ville de Chartres ; il sera affecté comme balayeur au cimetière Saint-Chéron à partir de 1949 et y restera jusqu’à sa démission en 1958.


Une vie de famille tranquille

En 1924, il épouse Adrienne Rolland née Dousset, son ainée de onze ans, alors veuve et mère de trois enfants. Il devient propriétaire en 1929 d'un terrain rue du Repos sur lequel il va avec l'aide de ses deux beaux-fils Michel et Bernard Rolland, construire une maison.

Trois pièces seulement constituent cette demeure : une cuisine/salle à manger, un petit salon exigu et une chambre. Raymond Isidore ne pense alors aucunement à la décorer de quelque manière que ce soit.


L’œuvre du hasard

Il commence son œuvre en 1938, par l'intérieur de la maison et, d'une certaine manière, par hasard, comme il le dit lui-même :

« J'ai d'abord construit ma maison pour nous abriter. La maison achevée, je me promenais dans les champs quand je vis par hasard, des petits bouts de verre, débris de porcelaine, vaisselle cassée. Je les ramassais sans intention précise, pour leurs couleurs et leur scintillement. J'ai trié le bon, jeté le mauvais. Je les ai amoncelés dans un coin de mon jardin. Alors l'idée me vint d'en faire une mosaïque, pour décorer ma maison. Au début je n'envisageais qu'une décoration partielle, se limitant aux murs. »


Une passion reconnue

Chaque jour, il parcourt des kilomètres à la recherche de débris, il devient le pique-assiette (Picassiette). Son personnage devient fameux, parfois raillé. Pour créer ses décors, il s’inspire de ses rêves. Il travaille à ses créations le jour et quand vient la nuit, à la lumière d’une lampe torche.

D’abord dédaigné par ceux qui le connaissaient, parfois littéralement pris pour un fou, Raymond Isidore a cependant de son vivant la satisfaction de voir son travail reconnu. Il fait d’abord visiter sa maison avec plaisir.


Un univers croissant

Pendant la seconde Guerre mondiale, il travaille dans un entrepôt de charbon. Cette triste période le conduit plusieurs mois à l’hôpital psychiatrique à la suite d’une crise de démence. Absorbé par son monde intérieur, il devient indifférent au succès naissant et aux visiteurs de plus en plus nombreux. Il s’attache à décorer les murs extérieurs, puis les cours.

En 1956, il entreprend de nouvelles constructions derrière sa maison : une chapelle, une maison d’été ; il achète une parcelle de terrain limitrophe et décore son jardin.

En 1962, il construit le tombeau de l’esprit, son ultime réalisation.


Une vie de créativité

Après 24 ans d’un travail de titan et de créativité, son œuvre est enfin achevée. En 1964, il connaît de nouveau l’hôpital psychiatrique. Le 6 septembre de la même année, trouvé hagard au bord d’une route, il succombe au matin, âgé de 64 ans.

La Ville de Chartres fait l'acquisition de la Maison Picassiette en 1981, et enrichit ainsi son patrimoine d’un chef d’œuvre d’art brut. La procédure d'acquisition aboutit au classement de la maison parmi les monuments historiques en novembre 1983. En 2017, le site reçoit le label architectural Patrimoine du XXe siècle du ministère de la Culture.

Pour en savoir plus : Picassiette, « Le Jardin d'Assiettes », de Paul Fucks, Éditions Ides et Calendes.