L'une est tombée amoureuse des Fidji, l'autre y est né. La première, Stéphanie Leclerc-Caffarel, est responsable des collections Océanie au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Le second, Samson Verma, est professeur, poète et artiste. De leur rencontre au festival Rochefort Pacifique en 2024 est né le duo de commissaires aux manettes de l'exposition « Fidji 1838. Face à face », à ne pas manquer au musée des Beaux-Arts. Rencontre.
Votre Ville : Quels sont vos parcours respectifs ?
Stéphanie Leclerc-Caffarel : Je suis tombée amoureuse du Pacifique enfant. Entre un père militaire et une mère antillaise, j'ai grandi dans plusieurs territoires, dont la Nouvelle-Calédonie qui m'a fascinée. Après une classe préparatoire littéraire, j'ai étudié les arts d'Océanie à l'École du Louvre. À travers mes recherches universitaires, j'ai travaillé sur les collections et les sociétés du Pacifique, en particulier sur l'archipel des Fidji. Mon parcours s'est poursuivi au Smithsonian Institution à Washington D.C, puis au musée du quai Branly – Jacques Chirac sans jamais rompre le lien avec le Fiji Museum, à Suva, la capitale fidjienne. Il y a quelques années, le musée des Beaux-Arts de Chartres m'a contactée pour rejoindre le comité scientifique qui travaille à son nouveau parcours et valoriser le fonds Bouge.
Samson Verma : Né à Fidji, je suis arrivé en France en 1998, lors de la coupe du Monde de football, et je suis tombé amoureux du pays ! J'ai enseigné l'anglais, mais j'ai toujours écrit et chanté : je suis baryton. J'ai suivi mon conjoint, consul général de France, à Los Angeles puis à Rome, où j'ai œuvré à faire des ambassades des lieux de rencontre. Je me suis formé à la mosaïque, à la peinture et à l'écriture. J'ai publié des poésies à Fidji et je participe à une nouvelle anthologie qui sera bientôt publiée. C'est dans ce cadre que j'ai été invité à participer à des tables rondes au Festival Rochefort Pacifique.
Comment avez-vous mis en avant ce fonds exceptionnel dans le cadre de l'exposition ?
SV : En France, la culture fidjienne est peu connue, à part le rugby. Dans notre catalogue, nous donnons la parole aux Fidjiens de différents horizons, car ce sont souvent eux les grands absents. Les liens qui unissent la France à Fidji sur un pied d'égalité existent depuis longtemps et se retrouvent dans ce « face-à-face » au sens fidjien : une rencontre qui se prolonge par des œuvres contemporaines, dont deux que j'ai réalisées pour l'occasion.
SLC : Ce que j'aime dans mon métier, c'est donner à voir des trésors ! Le fonds Bouge inclut une collection océanienne majeure, y compris des dessins d'Ernest Goupil, longtemps méconnus. J'ai beaucoup aimé travailler avec Grégoire Hallé, le conservateur du musée, et son équipe, réactifs et ouverts, et nous avons rendu cette exposition accessible ensemble, en faisant dialoguer les œuvres et les cultures. Il nous semblait impératif que nos collègues du Fiji Museum et ses visiteurs y aient accès aussi : nous avons imaginé une exposition jumelle là-bas, contrecarrant l'impossibilité de faire voyager certaines œuvres fragiles.
Quelles sont les pièces marquantes de cette exposition ?
SLC : La justesse des dessins d'Ernest Goupil et ses portraits en particulier, comme celui du chef Tanoa Visawaqa. Cette humanité est rare dans les images des voyages d'exploration, souvent transformées par la gravure et d'autres filtres successifs. Le temple miniature est emblématique du savoir-faire fidjien tandis que les colliers en coquilles d'huîtres perlières et celui constitué de mandibules de chauves-souris sont exceptionnels à l'échelle des collections mondiales. Autre aspect important : la place des femmes, depuis les dessins de Goupil jusqu'aux intervenantes de notre catalogue en passant par les œuvres en 3D. Un travail rendu possible grâce aux partenariats fluides avec les musées régionaux et nationaux et le regard essentiel apporté par Samson Verma.
SV : En regardant les dessins de Goupil, j'ai été fasciné par les voiles des bateaux tissées par les femmes. À l'époque, l'archipel figurait déjà sur les routes commerciales le reliant au monde entier, et les tissus européens se sont intégrés à la culture fidjienne, qui est un « mariage des matières ». Dans l'exposition, j'ai été frappé par la maîtrise incroyable de méthodes traditionnelles, que l'on peut voir dans les jupes tressées et nouées de l'époque, ce qui n'est plus le cas. Le monde des femmes est d'ailleurs très bien mis en lumière. L'équipe du musée des Beaux-Arts de Chartres a fait preuve d'un grand sens de l'écoute, sans idées préconçues, ce qui a permis de partager ces trésors en créant des liens entre nos cultures.
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